Laboratoire de résistance sémiotique

Indiscipline et contrainte épistémologique

Parce que nous pensons que sémiotique et histoire de l’art sont indissociables, et qu’elles manifestent toutes deux, ensemble, la nécessité d’une pratique scientifique indisciplinaire, penchons-nous davantage un instant sur l’une d’elle.

L’histoire de l’art constitue une discipline qui ne peut fonctionner autrement que dans l’indiscipline. Au regard de son histoire, de l’élaboration de la science vers laquelle elle tend, mêlée parfois à l’esthétique, l’anthropologie, la sociologie, ou aux nombreuses théories de l’art, elle requiert une approche indisciplinaire. Si cette véritable contrainte épistémologique ((La notion de contrainte épistémologique  permet de caractériser le processus scientifique selon lequel ce sont les objets soumis à l’analyse qui dictent les modes de raisonnement et méthodes scientifiques convoqués, et non l’inverse)) peut donner le vertige, elle n’en est pas moins inhérente aux objets scientifiques de l’histoire de l’art qui appellent un déplacement méthodologique se devant néanmoins d’être encadré.

La réponse la mieux adaptée à cette contrainte est l’indiscipline. Mais l’indiscipline ne signifie en rien « désordre », bien au contraire, et une histoire de l’art indisciplinée ne peut admettre une diversité méthodologique qu’à condition que les disciplines employées soient adoptées avec justesse, mesure et leur cohérence épistémique respectée. De cette rencontre parfois conflictuelle entre champs disciplinaires naît l’indisciplinarité.

Parce que les objets de l’histoire de l’art fonctionnent avant tout comme des signes, sémiotique et histoire de l’art doivent faire plus que coopérer. Elles fournissent l’une des approches fondatrices et fécondes de l’indiscipline en sciences humaines.