Laboratoire de résistance sémiotique

« L’interprétation sous contraintes. Ou comment le revolver se retrouve dans la tête du critique », une conférence d’Amélie Paquet

Première conférence organisée par le Laboratoire de résistance sémiotique, celle-ci eut lieu le 25 novembre 2013 à l'UQAM.

Enregistrement

Résumé de la conférence

Alors que le sens commun nous laisse parfois penser que l’interprétation littéraire est le lieu de tous les excès et de toutes les projections, à plus forte raison lorsque le lecteur est confronté à un texte plutôt hermétique, Stanley Fish, avec Is There a Text in this Class publié en 1980, nous a montré qu’il n’en était rien. Encadrée par plusieurs communautés interprétatives, l’interprétation se fait toujours forcément sous contraintes. Grâce à cette mécanique invisible, il est donc impossible de dire n’importe quoi sur un texte, puisque l’interprétation est elle-même une structure de contraintes. Le revers négatif du conditionnement interprétatif induit par les communautés interprétatives est que les commentaires savants d’œuvres littéraires fort différentes tournent souvent autour de lieux communs conceptuels. L’aura de Benjamin, le carnavalesque de Bakhtine ou le rhizome de Deleuze en sont des exemples probants. Le pacte de non-lecture, pour reprendre l’expression de Sloterdijk, implicite dans le milieu universitaire assure sans doute une longue vitalité à ce phénomène. Mais si le revolver est vraiment dans la tête du critique, les études littéraires passent sans doute à côté de quelque chose. J’aimerais explorer cette question à partir des œuvres de Virginie Despentes et Kathy Acker.

Notice biographique

AMÉLIE PAQUET est chercheuse postdoctorale à l’Université de Montréal. Ses recherches actuelles portent sur le blogue littéraire et ses liens avec la culture hacker des premiers temps d’Internet. Elle est titulaire d’un doctorat en sémiologie de l’Université du Québec à Montréal. Sa thèse discute de la question de la littérature et du sens commun après la Seconde Guerre mondiale.  Elle est l’un des quatre membres fondateurs de Salon double, observatoire de la littérature contemporaine, qu’elle dirige.

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* L'image qui illustre cet article est tirée du film Baise-moi de Virginie Despentes et Coralie Trinh Thi (France, 2000), adapté d'après le roman éponyme de Virginie Despentes (Florent Massot, 1994).