Carnet de recherche de Joséane Beaulieu-April

Joséane Beaulieu-April est doctorante en sémiologie à l’Université du Québec à Montréal. Elle s’intéresse aux rapports difficiles entre la poésie et le spectaculaire. Sous un autre nom, elle est coéditrice aux Éditions de la Tournure, poète et auteure-interprète. Ce carnet pourrait être l’outil et le lieu d’une réconciliation entre l’étudiante et la praticienne.

Savoir qu'on écrit pas pour l'autre, savoir que ces choses que je vais écrire ne me feront jamais aimer de qui j'aime, savoir que l'écriture ne compense rien, ne sublime rien, qu'elle est précisément là où tu n'es pas - c'est le commencement de l'écriture.
Roland Barthes, Fragments amoureux, 1977.

Tes sacrés gestes, sacrés poèmes

* L’expérience du sacré serait irrationnelle. C’est-à-dire à côté, en dehors de la rationalité si valorisée de notre époque. Cela n’empêche pas ce sentiment de circuler chez les êtres, même les plus « civilisés ». * Le sacré, comme le conçoit Roger Caillois, est une propriété stable ou éphémère de certaines choses, certains êtres, certains espaces et […]

Le philosophe qui écrirait en poète viserait sa propre destruction. Et même la visant, il ne peut l'atteindre. La poésie est question pour la philosophie qui prétend lui donner une réponse, et ainsi la comprendre (la savoir). La philosophie qui met tout en question, achoppe à la poésie qui est la question qui lui échappe.
Maurice Blanchot, L'Écriture du désastre, 1980.

Kairos - Temps poétique

* La concrétisation d’un objet poétique produit des transformations sur le récepteur qui sont en général perçues comme émotion pure. Paul Zumthor, qui s’est intéressé à l’importance du corps lors de la lecture d’un poème, avance que cette émotion rend « manifeste un ébranlement physiologique »1. * nous  plongés au chuchotement d’ une insuffisance / déçus de ne […]

N’est-ce pas le destin de tout signe, de toute instance signifiante et représentative, d’abolir sa référence naturelle ?
Jean Baudrillard, La transparence du Mal, Essai sur les phénomènes extrêmes, 1990.
On ne sort pas du signe. Pas plus que du langage.
Henri Meschonnic, La rime et la vie, 2006.

Avant le sens, la voix

à O.G. * La voix vient toujours avant le sens, elle est le seuil d’où le sens s’échappe. * Le silence se fait de plus en plus rare, l’écoute des voix ponctue nos activités quotidiennes et nous accompagne à chaque instant. Nous ne connaissons pas le silence, ni auditif ni visuel, puisque nos villes se […]

L’Avenir à genoux devant la Catastrophe

« Chaque mot que j’écris rature l’avenir » - André Brochu     * Plus de sacrifices. Plus de retenue. Plus d’économies. À quoi bon? Il y a la Catastrophe à notre porte. Pendant la guerre froide, nous la craignions haineuse, humaine et nucléaire. Nous l’imaginons maintenant naturelle, lente et démesurée. Plus de sacrifices, dis-je. À la […]

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