Laboratoire de résistance sémiotique

Carnet de recherche de Joséane Beaulieu-April

Joséane Beaulieu-April est doctorante en sémiologie à l’Université du Québec à Montréal. Elle s’intéresse à la poéticité, aux aspects sacrés et à la ritualisation des événements de poésie. Sous un autre nom, elle est coéditrice aux Éditions de la Tournure, poète et auteure-interprète. Ce carnet pourrait être l’outil et le lieu d’une réconciliation entre l’étudiante et la praticienne.  Accéder au carnet

À propos de cette réconciliation

* J’espère simplement un lieu où le poète et le chercheur n’auraient pas à être des figures opposées. J’ose croire, avec Roberto Juarroz, que la poésie est du plus grand réalisme possible, un réalisme qui dépasse même «l’obstacle du nom des choses1». Si ce réalisme n’est certes pas utile pour la rédaction de recensions, il pourrait, autrement, dialoguer avec les formes violentes des textes scientifiques.

* Selon Pierre Reverdy, il y aurait une faculté poétique. Il s’agirait du don de surprendre certains rapports analogiques entre des concepts, des objets. Les liens les plus obscurs et ce qu’on croyait ne pas être «apparaissent mystérieusement aux natures poétiques les plus réceptives, les plus pénétrables2». Ces intuitions permettent d’envisager le monde autrement, défaire ses mythes. Reverdy envisage cette faculté comme un don, mais je crois qu’il s’agit d’un état d’esprit. Je ne pourrais souhaiter mieux à l’étudiant, au chercheur ou je ne sais qui encore qui trouve sa place dans une institution universitaire.

* Contrairement à la recherche, la poésie n’a heureusement pas à mener quelque part. Toutefois – et cela ne fait pas de doute pour Annie LeBrun – elle «n’a pas d’autre sens que de nous mener vers ce que nous ne savons pas voir 3».

Ainsi :

La poésie comme la science travaillent, par les moyens les plus opposés, à faire apparaître les êtres et les choses libres de leurs entraves conceptuelles, idéologiques ou morales, c’est-à-dire commencent à leur rendre, métaphoriquement et théoriquement, la richesse et la complexité de leur rapport au reste du monde 4.

* Ce qui m’effraie le plus, c’est cette expression : « les moyens les plus opposés ». Qu’en faire? S’arrêter ici, proposer que la poésie est une recherche des faces cachées, qu’elle n’est pas un outil, mais.

  1. R. JUARROZ, Poésie et réalité, Éditions Lettres Vives, Castellare-di-Casinca, 1987, p.17.  [retour]
  2. P. REVERDY, Cette émotion appelée poésie, Paris, Flammarion, 1974, p.103.  [retour]
  3. A. LEBRUN, Appel d’air,  Lagrasse, Éditions Verdier, 2011, p.50.  [retour]
  4. Ibid, p.62.  [retour]