Laboratoire de résistance sémiotique

Colloque 2016 – Appel à communications : Lotman et la technique

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Deuxième colloque international du Laboratoire de résistance sémiotique
Les 21 et 22 avril 2016 à l’Université du Québec à Montréal, Canada.

Lotman et la technique :
au croisement des sciences naturelles et sociales

Le détail de l’œuvre du sémioticien d’origine russe Youri Lotman (1922–1993) demeure somme toute peu étudié en Amérique francophone. Bien que le vocable sémiosphère paraisse aujourd’hui uniformément répandu au sein des études sémiotiques à travers le monde, force est de constater que, tirés d’une production textuelle des plus abondantes (ses archives comptent plus de 800 titres), seuls quelques uns de ses ouvrages majeurs ont été traduits en français à ce jour. Parmi eux, La Sémiosphère (1999, extrait d’un texte plus long disponible en anglais sous le titre Universe of the Mind) et L’explosion et la culture (2004) révèlent un cadre d’analyse riche et polyvalent — « la sémiosphère est plurielle, de droit et de fait » (J. Fontanille, préface à Lotman YM, 2004 : 12) — dont les sources d’inspiration proviennent autant du versant des sciences naturelles que de celui des sciences sociales et des lettres. C’est cette intrication de savoirs issus d’univers intellectuels souvent considérés comme distincts en un système unique de connaissance et d’analyse à portée universelle qui caractérise sans doute le mieux la pensée sur les « systèmes de signes » qu’ont su développer Lotman et ses collègues de l’école dite de Tartu-Moscou au cours des décennies 1960-1990. L’échafaudage sur lequel s’érige la biosémiotique, que valorise aujourd’hui les héritiers de cette école, en est sans doute l’indice le plus évident.

Ce colloque sera l’occasion d’approfondir et de partager notre savoir sur la sémiotique lotmanienne et d’explorer la diversité de ses actualisations au sein des études sémiotiques contemporaines. Pour ce faire, nous proposons un double pari : celui, d’abord, de considérer la sémiotique comme une technique, au sens du grec technè, c’est-à-dire un savoir-faire, un art au sens propre, suivant la mise en valeur de l’applicabilité des théories façonnées par Lotman et les proches contributeurs à la revue Σημειωτικη, éventuellement renommée Sign system studies (1964–à ce jour) ; celui, ensuite, de concentrer son attention sur l’arrimage de la sémiotique aux études portant sur la technique et de montrer quelle influence mutuelle caractérise leurs rapports.

On sait que le concept de sémiosphère a été forgé d’après ceux de biosphère et de noosphère issus de l’écologie et développés dans la première moitié du XXe siècle, notamment par le biogéochimiste russo-ukrainien Vladimir Vernadsky (Lotman M, 2014 : 24). Par ailleurs, Lotman ne nous laisse pas douter du fait que les progrès techniques issus d’avancées scientifiques d’envergure « sont toujours entrelacés à des révolutions sémiotiques qui transforment en profondeur l’entièreté du système des sémiotiques socioculturelles » (Lotman JM, 1991 : 795). On voit par là que le modèle dynamique d’appréhension de l’action des signes qu’est la sémiosphère ne doit pas seulement son origine à un concept issu des sciences naturelles, mais qu’il permet aussi d’entrevoir les transformations épistémiques et techniques comme le corollaire du développement des systèmes de signification culturels. Puisque, d’après Lotman, l’environnement matériel ne constitue ni plus ni moins que l’aspect physique de l’espace culturel humain, celui-ci n’a pas qu’une signification pratique, mais aussi bien une signification sémantique. Aussi Lotman explique-t-il qu’« un changement rapide dans le monde des objets physiques transforme les règles habituelles de la production sémantique du sens » (ibid. : 796). Ces transformations abruptes et imprévisibles — aussi appelées explosions (Lotman YM, 2004) — ont le plus souvent pour effet de créer de grands chambardements dans la psychologie des masses, dont le paradoxe tient à ce qu’un « mouvement en avant » (la direction associée de manière usitée à l’idée de progrès) peut engendrer en réaction la recrudescence de modèles culturels et psychologiques archaïques, symptômes de la peur associée à une perte ou à un brouillement des repères sémantiques établis. Une vaste dimension politique s’ouvre au regard de ces remarques sur la technique et la culture, par rapport à laquelle une réflexion collective se trouve explicitement sollicitée par cet appel.

L’organisation de ce colloque est pensée en fonction de 5 perspectives par rapport auxquelles nous invitons les éventuels participantes et participants à orienter leur proposition : (1) la situation de l’entrelacs des sciences naturelles et sociales au regard de la question de la technique, ses conditions de possibilité et les possibilités qu’il conditionne ; (2) la manière dont Lotman l’envisageait et l’héritage de son projet ; (3) les applications concrètes que permet cet entrelacs qu’a su valoriser la sémiotique lotmanienne ; (4) les dérivés théoriques échafaudés depuis l’œuvre de Lotman et leur intégration au sein d’approches sémiotiques diverses ; et (5) la persistance des théories lotmaniennes au sein des études sémiotiques contemporaines.

Références

  • LOTMAN, Juri M. (1991) « Technological Progress as a Problem in the Study of Culture », trad. du russe par I. Gomel, Poetics Today, vol. 12, no 4, p. 781-800.
  • LOTMAN, Youri M. (1999) La Sémiosphère, trad. du russe par A. Ledenko, Limoges : PULIM.
  • LOTMAN, Youri M. (2004) Culture et explosion, trad. du russe par I. Merkoulova, révision et préface par J. Fontanille. Limoges : PULIM.
  • LOTMAN, Mihhail (2014) « The paradoxes of the semiosphere », dans V. Lang & K. Kull (dir.), Estonian Approaches to Culture Theory, Tartu : University of Tartu Press, p. 22-33.

Critères de sélection

Les propositions favorisées (1) contribueront à l’avancement des études sémiotiques ou permettront de créer des ponts interdisciplinaires ; (2) seront à jour en ce qui a trait aux théories, méthodes et données ; (3) feront la démonstration d’une compréhension — et référeront à — des travaux existants dans le ou les domaines traités. La pertinence et la cohérence des propositions constituent les premiers critères de sélection. Le colloque se déroulera principalement en français, mais les propositions de langue anglaise sont acceptées.

Votre proposition doit comporter :

  1. un titre, un court résumé (500 mots maximum) et 5 mots-clés (excluant « Lotman » et « technique ») ;
  2. une courte notice biographique (100 mots maximum) incluant les informations suivantes : votre nom complet, votre statut, votre établissement d’attache et votre département (s’il y a lieu) ainsi que vos coordonnées (adresse courriel au minimum).

Les propositions seront reçues par courrier électronique à l’adresse suivante : colloque@resistancesemiotique.org au plus tard le 1er février 2016. Veuillez indiquer en objet de votre message : « Proposition pour Lotman et la technique ».

Calendrier

  • Les propositions (titre, court résumé et mots-clés) seront reçues avant le 1er février 2016.
  • L’acceptation des contributions sera notifiée au plus tard le 15 février 2016.
  • Les participant·e·s accepté·e·s devront confirmer leur présence au colloque avant le 1er mars 2016.
  • Le colloque se tiendra les 21 et 22 avril 2016 à l’Université du Québec à Montréal.

Organisation

Laboratoire de résistance sémiotique : http://resistancesemiotique.org
Programme de doctorat en sémiologie de l’Université du Québec à Montréal : http://doctorat-semiologie.uqam.ca

Coûts

Aucun frais n’est exigé pour prendre part au colloque, mais les participant·e·s devront être en mesure de prendre en charge toutes les dépenses liées à leur séjour à Montréal.

Comité scientifique

Maude Bonenfant (Professeure, Département de communication, UQAM)
Sylvano Santini (Professeur, Département d'études littéraires, UQAM)
Jonathan Hope (Chargé de cours, Département d'études littéraires, UQAM)
Emmanuelle Caccamo (Doctorante en sémiologie, UQAM)
Simon Levesque (Doctorant en sémiologie, UQAM)

Information de contact

Pour toute question, veuillez communiquer avec Simon Levesque à l’adresse : colloque@resistancesemiotique.org.